Un dispositif de recherche original

Le programme ASOSC est un dispositif de recherche original fondé sur l’hypothèse de l’émergence d’un tiers secteur scientifique qui est également proposé en Ile de France sous l’appellation PICRI, « Partenariat Institutions Citoyens pour la Recherche et l’Innovation». Ces nouvelles approches intègrent des réflexions sur les rapports entre science et société portées notamment par la Fondation Sciences Citoyennes. Elles offrent des similitudes avec les ARUC québécoises dont l’objet est de former des « Alliances pour la recherche Universités et Communautés » (notons que le terme de communauté désigne la société civile et plus précisément les associations).La fabrique du social, expérimentation et innovation sociale, ne se définit pas en premier lieu par des catégories construites par la recherche (sociologie de l’innovation), les politiques publiques (les politiques sociales) ou encore les mouvements (l’économie sociale, la société civile). Sans négliger l’intérêt de ces approches qui seront introduites progressivement au cours des analyses, notre objectif est de partir des terrains et des acteurs afin de comprendre les processus qu’ils mettent en œuvre pour résoudre, collectivement et en mutualisant leurs ressources, les problèmes sociaux qu’ils identifient.

L’objectif de la recherche peut être résumée comme suit : identifier, analyser, comprendre les processus collectifs d’hybridation des logiques, des actions, des savoirs au cœur d’initiatives locales de construction, par l’expérimentation et la recherche-action, de réponses novatrices à des questions sociales. Pour travailler cet objet, les processus collectifs d’hybridation des savoirs, actions, logiques,  nous avons retenus deux hypothèses :

1° hypothèse : la fabrique du social est le produit de la mobilisation collective d’acteurs en interaction qui forment des réseaux autour de questions construites par l’observation et l’expérience collective.

2° hypothèse : la co-construction de pratiques sociales nouvelles est rendue possible par un travail de traduction et d’appropriation de savoirs pluriels.

Notons que les questions de l’expérimentation et de l’innovation ne sont pas centrales mais secondes (et pas secondaires). Dans un premier temps, une revue de littérature a été réalisée afin de préciser les principales notions mobilisées, une bibliographie a été constituée ainsi qu’une base de données permettant de recenser une quarantaine d’initiatives en Bretagne. Nous avons  exploité plusieurs sources : les informations disponibles par la mobilisation de nos propres réseaux ; l’utilisation des listes constituées pour différents programmes : Equal, FSE 10b, DIIESES, ASOSC, Village d’initiatives des RESA (Rencontres de l’Economie Sociale Atlantique).

Sans prétendre atteindre l’exhaustivité dans le recensement de ces initiatives, la variété des sources mobilisées associée à une veille permanente  nous permet néanmoins de fonder une approche solide des principaux courants de « La Fabrique du Social » en Bretagne. A partir de cette première liste, des investigations ont été menées afin de constituer une base documentaire à partir d’une grille unique.

Une grille de lecture commune des initiatives

1-Nom de l’initiative

2-Structures mobilisées et associées au projet (les partenaires)

3-Domaine (services aux personnes, lutte contre les discriminations, handicaps, exclusion sociale…)

4-Objet (type d’approche, de démarche, de produit)

5-Programme (inscription dans un cadre institutionnel, appel d’offre, appel à projet…)

6-Pluralité d’acteurs (professionnels du social, militants, usagers, chercheurs…)

7-Ingénierie et recherche-développement (technicité, investissements, méthodes)

8-Hybridation des savoirs (mobilisation et croisement de savoirs expérientiels, d’action, académiques)

9-Caractère expérimental (mise en place d’un protocole pour un test à petite échelle)

10-Caractère innovant (effets de transformation des pratiques et des conceptions, appropriation sociale)

A cette grille de dix caractéristiques, nous avons ajouté deux points d’analyse : l’inscription dans l’espace et l’inscription dans le temps. Nous serons en effet attentifs aux processus enclenchés dans la durée et à l’essaimage  des productions (produits, procédés, processus) sur les territoires, les organisations fédératives, les réseaux formels et informels.

Dans le prolongement de cette première étape, nous allons réaliser des études de terrain approfondies (une dizaine environ) en mobilisant des méthodologies appropriées à l’analyse partagée. En effet, notre approche s’inscrit dans une pratique de la recherche coopérative (participative ou collaborative) qui impose une implication des acteurs dans l’analyse partagées de leurs expérimentations. Dans un premier temps, nous avons désigné ces travaux par le terme de monographie que nous définissons généralement comme l’observation et la description d’un objet unique et bien délimité. Compte tenu de nos approches et du caractère expérimental du programme nous pouvons mettre en expérimentation différentes formes de méthodologies : l’observation ethnographique in situ, les entretiens individuels et collectifs (Focus groups), les ateliers de recherche, l’intervention sociologique. Des analyses transversales seront conduites afin de parvenir, progressivement à un travail de généralisation et de formalisation d’un cadre d’analyse de la fabrique du social. Le processus de recherche sera enrichit par des investigations complémentaires, l’analyse documentaire (PICRI Ile de France, Futuribles) et des échanges avec des partenaires ayant engagés des travaux similaires (CRISES, Ecole des mines, Fondation Sciences Citoyennes).

L’opportunité d’expérimenter des méthodes collaboratives

Si les formes méthodologiques peuvent varier d’un site à l’autre, les données à collecter doivent nous permettre de caractériser les initiatives à partir de trois dimensions centrales pour nos analyses :

1- La cartographie du système d’acteurs : Qui sont les acteurs mobilisés, quelles fonctions, quels statuts, quelles compétences ? Quels sont les  liens qui les unissent, de quelle manière coopèrent-ils ensemble, quels consensus formalisés ont-ils  construits à la suite de contradictions, de conflits, de controverses ? Comment se caractérise le système ? Est-il formalisé de manière explicite, implicite ? Est-il connecté à des réseaux locaux, des réseaux plus étendus ? Quels sont les flux (informations, outils, financement) qui les animent ?

2- L’identification des ressources mobilisées par les acteurs (humains et non humains) : les personnes et leurs compétences propres et partagées, les outils et les moyens techniques, les idées et les principes d’actions…

3- Ce que produit le système d’acteur : du lien, du bien, des symboles, des idées, des produits ?

Afin de tenir compte des configurations locales, de la disponibilité des acteurs et des particularités des initiatives étudiées, nous pouvons envisager trois scénarios méthodologiques :

1-Une démarche classique d’enquête de terrain conduite par un groupe de recherche  « hybride » (chercheurs, étudiants, chargé d’étude, praticien membres ou associés au groupe projet) mobilisant l’un des outils ou une combinaison d’outils de la recherche : analyse documentaire, observation in situ, entretiens individuels, entretiens collectifs, questionnaires…Dans ce scénario, les acteurs porteurs de l’initiative sont sollicités pour faciliter l’enquête, répondre aux entretiens. Objets de l’observation, ils  sont  informés in finedes résultats de la recherche.

2-Une démarche de recherche collaborative. Les acteurs collaborent avec les chercheurs pour conduire des investigations et des analyses partagées. Le groupe de recherche hybride mobilise les outils de la recherche et associe les porteurs d’initiatives lors de trois moments clés : la conception et la négociation de la démarche d’enquête,  l’analyse des données, la mise en débat des conclusions.

3-Une démarche de recherche coopérative et la formation d’un chercheur collectif : la démarche de recherche est pilotée par un animateur chercheur qui constitue un groupe de recherche pluriel en impliquant les porteurs de l’initiative dans le cadre d’un atelier de recherche-action.  Le chercheur collectif constitué maîtrise l’ensemble du processus de production  et d’analyses des données.