1. Nom de l’initiative :

POESI : Populations d’Origine Etrangères et Stratégie d’Intégration

2. Présentation du projet : 

L’objectif de la recherche-action Populations d’Origine Etrangères et Stratégie d’Intégration était de mettre en œuvre une réflexion collective sur les questions liées à l’intégration des populations d’origines étrangères, dans le cadre local. Le projet était orienté à la fois vers la production de connaissances et vers l’évolution des pratiques.

Le public-cible de la démarche POESI était divers : travailleurs sociaux et bénévoles des centres sociaux et de structures partenaires, habitants des quartiers, personnes d’origine étrangère, acteurs associatif, acteurs institutionnels….

Des formations ont été organisées au long des trois années sur lesquelles s’est déroulé le programme POESI. Ces formations ont permis un échange considérable d’informations et d’expériences entre une trentaine d’acteurs venus de divers horizons.

Le programme de recherche POESI, mis en place avec la participation de personnes d’origine étrangère, a permis à différents acteurs et structures de réinterroger leurs pratiques. Des travailleurs et des bénévoles des centres sociaux rennais ont pu mettre à jour leurs connaissances sur les caractéristiques de l’immigration sur leur territoire de travail et échanger sur leurs approches méthodologiques avec ces publics. Ceci a permis d’apprendre à mieux connaitre les besoins des populations d’origine étrangère et d’étudier le fonctionnement de la dynamique d’intégration, dans l’objectif de proposer des réponses adaptées aux besoins divers des personnes d’origine étrangère.

Il s’agissait d’autre part d’analyser les déclinaisons locales des politiques publiques de différents échelons territoriaux.

Quelles actions ont été mises en place au nom de quelles orientations politiques? Comment ces actions ont-elles favorisé l’intégration de personnes d’origine étrangère ?

Cette recherche-action se proposait également de tisser un réseau d’acteurs impliqués pour diverses raisons dans les questions d’intégration des populations issues de pays étrangers. Les rendez-vous proposés par POESI ont été autant d’occasions de nouer des relations et des partenariats propices à un développement social valorisant le respect de la diversité.

Les différents thèmes abordés lors des rendez-vous proposés tout au long du programme POESI ont notamment été ceux de l’accueil des populations d’origine étrangère, de leur accompagnement dans une dynamique d’intégration sociale, de leur accès aux droits et des moyens qui permettraient d’accroitre leur participation politique et sociale.

La démarche POESI s’inscrit dans le cadre du Plan de cohésion sociale et entend harmoniser les orientations suivies par diverses structures chargées de l’intégration des personnes étrangères, pour qu’il y ait davantage de cohérence et de complémentarité dans les pratiques des uns et des autres.

L’idée était à la fois de produire collectivement des connaissances, de les mutualiser et de former les acteurs impliqués dans les questions d’intégration à une démarche de recherche-action participative faisant évoluer leurs pratiques. Ces différents temps offraient de plus l’occasion d’engager des réflexions et débats sur les politiques publiques d’accueil des personnes d’origine étrangère qui débouchent sur des orientations d’action que les bénévoles et salariés des structures sociales puissent se réapproprier.


3. Personnes à contacter : 

Eric Tournet, directeur de l’Association Rennaise des Centres Sociaux
Tél : 02 99 51 44 39
Courriel : eric.tournet@assoarcs.com

Paul Ondongo, responsable de formation et de recherche au Collège Coopératif en Bretagne
Tél : 02 99 14 14 38
Courriel : paul.ondongo@uhb.fr

4. D’où vient cette initiative ? 

L’idée qui a inspiré la démarche POESI est que les attentes et les besoins des populations d’origine étrangère évoluent avec le temps. Il est donc nécessaire que les acteurs de l’action sociale en direction des personnes qui ne sont pas nées en France remettent en cause leurs pratiques et actualisent leurs savoirs de manière régulière.

Les centres sociaux rennais sont en première ligne dans la gestion de ces problématiques d’accueil sur le plan local. En tant qu’espaces de médiation et de socialisation, ils occupent une place centrale dans la construction du « vivre ensemble ».

La réflexion sur les pratiques et la mutualisation des savoirs permettent à ces structures d’améliorer la qualité de leurs services et de leur accueil mais aussi de repenser leur projet de structure, pour mieux adapter les activités organisées aux besoins des publics accueillis. On peut notamment évoquer l’organisation de moments d’échange et de convivialité, propices à tisser une trame de solidarité locale, intergénérationnelle et interculturelle.

L’idée sous-jacente est que nous devons tous dépasser nos à-priori, refuser les simplifications réductrices, mieux nous connaitre et bouger nos représentations pour que l’insertion sociale des personnes d’origine étrangère se fasse plus aisément.

5. Ingénierie du projet :

Quelques principes d’organisation :

Au cœur de la démarche POESI on trouve la volonté de croiser différentes méthodologies.

Les rencontres se sont tenues sous diverses formes : ateliers, formations, réunions…

D’autres temps du programme étaient consacrés à l’observation et à l’expérimentation. Des observations ont notamment été menées à l’Espace Multi Média de Carrefour 18, aux Champs Manceaux et à Ty-Blosne.

De ces différentes activités était attendue une prise de conscience accrue des mécanismes de discriminations qui peuvent limiter l’intégration et la participation sociales des personnes d’origine étrangère.

Cette prise de conscience s’est notamment réalisée par le biais d’une meilleure connaissance des populations d’origine étrangère présentes dans notre ville : quels sont leurs parcours, quelles sont leurs caractéristiques culturelles, sociales, économiques ? Quelles sont les évolutions en cours et futures de l’immigration ?
Quelles sont les demandes des personnes ? Quelles sont les corrélations entre les catégories de publics et leurs sollicitations ?,

La construction collective du savoir a permis l’élaboration de référentiels communs qui orientent l’action de tous les participants au programme dans une même direction. Ceci facilite les partenariats et une mise en réseau des structures d’action sociale.

6. Les étapes de la démarche POESI :

– Recherche et récupération des données.
– Analyse des productions écrites.
– Observation et analyse des pratiques des acteurs sociaux sur le terrain.
– Observation et analyse des divers parcours et stratégies d’intégration suivis par les personnes d’origine étrangère.
– Recueil et analyse des discours et des représentations de divers acteurs (dont des habitants, des membres d’associations, des professionnels du social, des représentants des pouvoirs publics…).
– Organisation de réunions, de débats et de rencontres avec des habitants, des personnes d’origine étrangère et des partenaires divers.
– Réflexion sur les résultats de ces recherches.
– Evaluation de la démarche.

7. Calendrier récapitulatif :

Le programme POESI s’est déroulé sur 3 ans, avec pour base des travaux en groupes et 2 temps de mutualisation ouverts par an :
2006 : recueil et analyse des données.
2007 : analyse de pratiques et esquisse de pistes d’expérimentation ; diagnostic et analyse des données du contexte, 1ère formation-action, ateliers d’analyse des pratiques, forum de restitutions des résultats, débats, propositions.
2008 : définition d’une problématique d’expérimentation et mise en place de formations (accueil des migrants, participation, discrimination…), expérimentation de nouvelles pratiques, mise en place de la procédure évaluative ; expérimentation guidée avec évaluation, 2ème formation-action, forum de restitution, débats.
2009 : consolidation des expérimentations et de la formation, 3ème formation-action, forum de synthèse et d’ouverture, évaluation, réajustements, rapport final, diffusion.
– Séminaire Représentation des Migrants dans nos Organisations, 14 mars 2009 à Saint Brieuc.
– Colloque régional Immigration et lutte contre les discriminations dans les entreprises jeudi 18 et vendredi 19 juin 2009, organisé par le Collège Coopératif en Bretagne.
– Séminaire Langue et Communication. Langue(s), formation, intégration : les pratiques linguistiques en débat. 25 septembre 2009.
– Forum régional POESI à l’Hôtel Rennes Métropole. Les stratégies d’intégration aujourd’hui et demain : enjeux et perspectives pour les centres sociaux et leurs partenaires. 19 novembre 2009.

La démarche POESI a débouché sur l’élaboration collective de propositions et de préconisations d’action dans les domaines suivants :
Mise en valeur de la diversité culturelle pour la cohésion de notre société (Qu’elle soit plus solidaire, multiethnique, ouverte sur le monde).
(Re)Dynamisation du pouvoir collectif de changement au sein de nos structures et réseaux d’organisations.
Mises en scène et modalités d’un dialogue civil plus interactif dans les instances de rencontre et de coopération entre élus politiques, organismes institutionnels, associations et populations, en particulier minoritaires.

8. Pluralité d’acteurs / système d’acteurs :

Les acteurs qui se sont impliqués dans la démarche POESI sont nombreux et divers. On peut notamment citer :
-L’ARCS, porteuse du projet ; des salariés, des bénévoles, des adhérents et des partenaires des six centres sociaux rennais.
-Le Collège Coopératif en Bretagne, qui a accompagné la mise en place de la démarche.
-Des partenaires dans l’action sociale locale : Centre Social de St Jacques de la Lande, Centre Paul Bert au Landrel, Maison de Suède, Maison des Squares.

POESI a été dirigé par Eric Tournet, Marie-Christine Drouet, Alain Penven et Paul Ondongo.

Le groupe de pilotage du programme était composé d’Eric Tournet, directeur de l’ARCS, de Marie-Christine Drouet, de l’ARCS, de Djamel Zebiri, administrateur de l’ARCS et référent du groupe Citoyens du Monde, de Mme Petit Sénéchal ,de l’Ansec, de Maguy Le Grand et Hervé Guillotel, directeurs de centres sociaux et d’Alain Penven et Paul Ondongo, respectivement directeur du Collège Coopératif en Bretagne et responsable de recherche et de formation au CCB, de représentants du FASILD, de Citoyens du Monde.

Les partenaires institutionnels de POESI étaient notamment la Ville de Rennes, l’Agence pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des chances (Acsé), Rennes Métropole, le FASILD.

De nombreux chercheurs et spécialistes divers sont intervenus pour nourrir la démarche POESI : Angélina Etiemble, sociologue à l’Odris et docteure en sociologie, Anne Morillon, également sociologue à l’Odris et docteure en sociologie, Milena Doytcheva, Maître de Conférence en sociologie à l’Université Lille I, un intervenant du Centre Interculturel de Documentation de Nantes, Raoul Pourcelle, de l’équipe artistique du Bouffou Théâtre d’Hennebont, Julien Viteau, philosophe et consultant spécialiste de la lutte contre les discriminations, Clair Michalon, responsable de formation au CILO (Communication Interculturelle et Logiques d’Actions)…

9. Caractère innovant : 

La démarche POESI est innovante en ce qu’elle a proposé à des acteurs divers de s’engager dans une réflexion collective pour optimiser leurs pratiques. De ces collaborations étaient attendues davantage de coordination, de mixité sociale et une élaboration du savoir qui provienne de sources diverses et débouche sur un résultat plus objectif, voir exhaustif. Il s’agissait notamment de reconnaitre et caractériser l’existence de phénomènes de discrimination pour mieux pouvoir lutter contre ces derniers.

Cette démarche coopérative est une nouvelle manière d’envisager l’amélioration de la vie sociale car elle se veut participative, contrairement à l’habitude institutionnelle qui est souvent d’appliquer à des contextes divers des réponses pré-formatées. Les forums, réunions et formations ont permis non seulement une mutualisation des acquis de l’expérience mais aussi l’émergence de débats impliquant des personnes d’origine étrangère, des bénévoles et des professionnels de l’intégration sociale.

La recherche-action POESI a mis en lumière certaines questions délicates, comme celle du difficile positionnement des professionnels et des bénévoles dans certaines situations qui comportent un risque d’ethnicisation ou de communautarisme. Certaines thématiques ont pu être soulevées, comme la discrimination positive, les discriminations systémiques et/ou implicites, les limites des approches culturalistes, des catégorisations et des approches fondées sur les manques…

Des pistes d’action et de réflexion ont été tracées : clarifier les rôles de chacun dans l’aide à l’intégration des personnes d’origine étrangère, prendre en compte les risques de discriminations dans chaque situation…Mais aussi : optimiser l’accueil des personnes d’origine étrangère dans les centres sociaux, travailler sur tout ce qui est lié à l’apprentissage du français, prendre en compte les questions délicates découlant d’identités culturelles et/ou communautaires.

La place centrale des services apportés et du temps dans la construction d’une relation de confiance a été réaffirmée.

Certains services qui fonctionnent bien dans leur rôle d’aide à l’intégration des personnes d’origine étrangère tels que les haltes garderies ou les ateliers « parlons français » ont été valorisés. La constatation de ces réussites a mené les participants à POESI à bâtir l’hypothèse (à expérimenter) d’une efficacité de « formes d’accompagnement discrètes qui prennent appui sur des services à-priori évalués positivement », le tout envisagé dans le cadre d’une meilleure cohérence du travail des différents services.

Le rôle et statut de parent (d’enfant, d’élève) peut être une base intéressante d’approche pour un travail d’intégration, comme le révèle le constat de l’apport de l’accompagnement scolaire à l’intégration d’une famille d’origine étrangère. Différents outils ont été mobilisés autour de la question de l’accompagnement des parents/par les parents ; pôle traducteurs, fiche « douceur » pour faciliter la séparation entre parents et enfants.

Au-delà des questions liées à l’aide à apporter aux personnes d’origine étrangère, la démarche POESI a également permis à diverses structures de réfléchir à la manière dont elles peuvent valoriser les compétences des personnes migrantes en créant de meilleures conditions pour que ces dernières participent à leurs activités. Il s’agit de se démarquer de la logique assistancialiste pour passer à une dynamique plus participative qui valorise autant l’une et l’autre des parties impliquées, dans une logique de promotion sociale. Pour cela, les acteurs sociaux doivent remettre en cause leur vision de la participation, car cette notion n’est pas neutre. La participation est un construit social. Les personnes d’origine d’étrangère peuvent donc envisager la participation sous des formes différentes, y compris la contribution à des groupes communautaires plus que le fait de rejoindre des associations françaises classiques. Des projets fructueux pourraient découler de partenariats entre des structures regroupant surtout des personnes d’origine française et des structures plus communautaires.

Cette logique participative prend en compte la diversité de situations que recouvre le vocable « migrant ». En effet, l’un des aspects innovants de la démarche POESI a été de remarquer l’hétérogénéité des parcours de personnes d’origine étrangère, hétérogénéité qui débouche sur des besoins et des attentes parfois divergeants.

10. Caractère expérimental :

L’idée d’élaborer de manière collective avec différents partenaires des propositions qui feront l’objet d’une expérimentation concertée et évaluée est en elle-même assez expérimentale.

L’alternance entre moments consacrés à une approche théorique et approches par l’action a exigé un certain engagement et une assiduité de la part des participants à la démarche. Le pari sur cet engagement des participants sur plusieurs années était une sorte défi expérimental.

L’expérimentation a notamment mobilisé les centres sociaux du sud de Rennes et leurs partenaires, faisant travailler ensemble des professionnels et des bénévoles. Des services ont été développés, tel l’espace communication « Les nuages de l’information » aux Champs Manceaux.

11. Hybridation des savoirs :

L’intérêt suscité par POESI auprès d’interlocuteurs divers est révélateur du potentiel d’utilité sociale de la démarche.

De nombreux chercheurs sont venus apporter leur contribution lors des forums POESI. La diversité des champs théoriques et disciplinaires auxquels appartenaient les intervenants a permis d’approcher la problématique de l’intégration des populations d’origine étrangère selon différents éclairages, politiques, sociologiques, juridiques, psychosociologiques…

L’alternance d’exposés théoriques, d’études de cas, de temps d’échanges sur les interventions professionnelles et de mises en situation a permis une réelle mutualisation des savoirs.

Cet éclairage de chercheurs a également nourri l’évaluation du projet.

12. Méthode d’évaluation : 

Une partie de l’évaluation s’est réalisée de manière intégrée et participative lors des réunions des groupes et des instances de suivi. L’étude qualitative des résultats produits (en terme d’utilité sociale notamment) par la démarche était privilégiée. Des évaluations ont également été conduites à la fin de chaque année et une évaluation finale a été réalisée au terme du programme POESI.

L’évaluation s’est basée sur des critères quantitatifs (ex : Combien de personnes en ont été bénéficiaires ?) mais aussi qualitatifs (Les objectifs de l’action ont-ils été atteints ? Qu’est-ce que la mise en œuvre de cette recherche-action a changé au niveau des pratiques, des représentations, des comportements? Quelle a été l’utilité sociale de cette recherche-action ? Le cahier des charges et les engagements divers ont-ils été respectés ? Le programme a-t-il débouché sur des propositions et des préconisations ? )

Une enquête sur les intérêts des participants à participer à la démarche a été réalisée, débouchant sur une synthèse. Au terme du programme, un questionnaire pour mesurer le degré de satisfaction des participants leur a été distribué.

L’évaluation a donc été conduite de manière collective, dans l’esprit participatif de la démarche POESI.


13. Valorisation de l’expérience :

La diffusion des savoirs et des expériences est un des objectifs principaux qu’a poursuivis la démarche POESI.

Les modes de communication des résultats de la démarche ont été divers  : comptes rendus de réunions, de séminaires, de groupes de travail, rapports, vidéos, documents diffusés sur internet…

Des savoirs ont été produits et questionnés. Des documents écrits dans le cadre de POESI peuvent être utiles à de nombreux acteurs. Un exemple: le rapport diagnostic « Approche historique et sociologique de l’immigration : quels enjeux pour les travailleurs sociaux à Rennes ? », paru en mars 2007, qui a été réalisé par les sociologues Angelina Etiemble et Anne Morillon pour le compte de l’Odris.

L’essaimage des résultats et la poursuite de la démarche collective demandent des efforts méthodologiques. Il faut motiver les gens à continuer le travail ou à s’intéresser pour la première fois à cette thématique.

Certains participants à la démarche POESI l’ont trouvée très motivante et aimeraient donner suite à l’expérience. Différents types d’activités de suivi sont envisageables dans le futur : remises à jour régulières des données théoriques, réunions entre participants pour continuer à discuter de leurs pratiques.

Sources : 

Bilans financiers et qualitatifs Acsé.
Atlas de l’immigration en Bretagne. Fasild.
INSEE. Données régionales sur l’immigration.
Rapport final POESI. Collège Coopératif en Bretagne. Mars 2010.