1. Nom de l’initiative

Le Projet parents salariés lancé par la CRES, dans le sillage du projet Marguerite, regroupe des entreprises, des collectivités locales et des associations et mutuelles pour accueillir en relais de jeunes enfants lorsque leurs parents salariés ont des horaires qui ne correspondent pas aux modes de garde habituelle.

2. Structures mobilisées et associées au projet

La CRES, en tant que structure représentante de l’économie sociale pilote un groupe de réflexion pour mettre en place des dispositifs d’accueil d’enfants lorsque les parents occupent des emplois salariés avec des horaires atypiques ou hors des périodes habituelles de travail. Des entreprises fonctionnant en 3×8, ou en horaires décalés, les fins de semaines, les jours fériés et pendant les vacances, ont été amenées avec leur comité d’entreprise à prendre en compte les préoccupations d’une partie de leurs salariés. Le lieu d’emploi se distinguant souvent du lieu résidentiel, les collectivités territoriales ont également été sollicitées (communes urbaines, périurbaines, communautés de communes et pays par le biais du comité de développement social). L’expérience dans ce domaine des mutuelles de fonctionnaires est également mobilisée pour contribuer à améliorer les conditions de vie familiale des autres salariés.

3. Domaine

Il s’agit de proposer un service d’accueil de jeunes enfants de moins de douze ans, en relais des structures déjà existantes mises en place, destiné aux salariés du secteur d’emploi concurrentiel. Face aux incitations financières pour développer les crèches d’entreprise privées, ce projet est centré sur le développement social, en prenant en considération les situations de vulnérabilité des travailleurs salariés (trajectoires professionnelles féminines précaires, familles monoparentales entre autres).

4. Objet

Mettre en commun les pratiques, ressources et dispositifs réalisés à partir des actions inscrites dans les territoires où interviennent les associations concernées par le collectif, permet d’avancer dans l’expérimentation d’un service d’accueil relais pour jeunes enfants.

5. Programme

Ce projet a bénéficié de l’expérience de Marguerite dont il est l’émanation et qui relève d’un financement FSE Equal. Il a également  reçu l’appui du FSE 10b, et a eu le concours de la DIIESES. Le projet en lui-même consiste à mutualiser les apports de chaque entité, réaliser une expérimentation, et enfin produire des outils pour la mise œuvre d’accueil relais de jeunes enfants.

6. Pluralité d’acteurs

Les parents salariés avec jeunes enfants ayant des horaires inhabituels, sont au cœur du projet. Leurs préoccupations commencent à être relayées par les collectivités locales qui ont à prendre en considération, ces nouveaux besoins dans l’espace résidentiel. Parmi les acteurs mobilisés, tous ne sont pas des professionnels du social, tels les parents  et proches, ou ne relèvent pas de lieux d’accueil spécialisés des enfants telles les assistantes maternelles.
Quant aux entreprises, leur implication nouvelle, compte tenu de la spécificité de leurs emplois, repose plus particulièrement sur les attributions du comité d’entreprise et leur bonne connaissance des préoccupations familiales des salariés, notamment féminins. L’expérience  pionnière acquise par les mutuelles de fonctionnaires dans ce domaine avec Mamhique, est réinvestie dans ce projet parents salariés.

7. Ingénierie et recherche-développement

La confrontation se pose entre deux modèles: celui du marché favorisé toutefois par des mesures incitatives fiscales qui le rendent solvables et celui du développement social, qui s’inscrit dans une politique de bien-être et de lutte contre les inégalités. Le premier est directement opérationnel et est à la seule charge de l’entreprise. Le second est complexe, repose sur des articulations distinctes: collectivités territoriales, avec les outils mis en place pour l’accueil de jeunes enfants, et le tissu d’entreprises ayant des conditions d’emploi spécifiques.  Lorsque l’on part de l’emploi (entreprise avec de nombreux salariés ou fonction publique), des solutions en lien avec l’entreprise ou l’établissement public sont mises en place. Quand le tissu entrepreneurial est diffus, le rassemblement des demandes ne suffit pas pour organiser un accueil en relais. La dispersion résidentielle et d’emploi, oblige à rechercher de nouvelles solutions, tant du point de vue de l’organisation d’accueil que du mode de réception. Entre les deux, toutes les possibilités peuvent se conjuguer.

8. Hybridation des savoirs

Le projet parents salariés associe des acteurs multiples, chacun intervenant dans des domaines distincts. Plusieurs thèmes sont au croisement des pratiques de groupes d’acteurs et sont devenus lisibles à travers le projet lui-même. Il en est ainsi de la condition féminine et des changements dans l’emploi et dans la famille qui se manifestent plus particulièrement sous les aspects suivants :

  • la quasi généralisation de l’emploi féminin dans les familles,
  • la fin des interdictions de l’accès des femmes à certains types d’emploi,
  • l’augmentation importante des familles monoparentales,
  • les horaires féminins mal adaptés à la vie familiale,
  • les faibles rémunérations,
  • l’éloignement des centres urbains lié à l’accès à la propriété et les difficultés de transport qui s’ensuivent.

Les travaux  de chercheurs en sciences sociales dans la lutte contre les inégalités et les discriminations apportent une meilleure connaissance des facteurs qui accroissent la vulnérabilité des femmes: la possibilité d’accueillir des enfants lorsque les horaires féminins sont atypiques contribue à cette amélioration.
Que les entreprises et les collectivités territoriales soient amenées à poser dans un cadre commun ces questions, ouvre des pistes nouvelles. Pour les entreprises, en s’impliquant davantage dans l’amélioration des conditions de vie de leurs salariés, et plus particulièrement des femmes, elles participent à l’instauration d’un climat social plus respectueux des préoccupations d’une partie de leurs salariés. Cet aspect est beaucoup plus difficile à appréhender pour les collectivités territoriales: ne connaissant que partiellement les conditions de travail de leurs habitants, leurs conditions de transports et leurs préoccupations familiales, le rapprochement avec les entreprises contribue à élargir leurs missions locales de services publics.
Les dispositifs existants, associatifs, mis en place par les collectivités territoriales (crèches, halte-garderie, accueil périscolaire), les écoles, ou bien encore l’appel aux assistantes maternelles, sont mis à contribution pour assurer une continuité de l’accueil des jeunes enfants, tout en œuvrant  pour de nouvelles formes de garde comme la venue au domicile.

9. Caractère expérimental

Le projet parents enfants a bénéficié de l’expérience des mutuelles de fonctionnaires et du regroupement de partenaires présents dans le projet Margueritte. Cette mise en commun a permis de lancer une expérimentation en 2007 à partir de communes où s’inscrivent les actions des associations adhérentes de la CRES, lesquelles sont dispersées dans toute la Bretagne, de la communauté de communes de Vitré à Châteauneuf-du-Faou.

Les attendus de ce temps d’expérimentation, se sont centrés sur deux axes principaux:

  • Tirer des outils et des méthodes pour faire émerger des productions dans un environnement social particulièrement complexe.
  • Rendre compte des conditions de pérennisation de ce type de dispositif, de façon à pouvoir créer des emplois stabilisés et non marqués par la précarisation.

10. Caractère innovant

Du point de vue des institutions, les entreprises, les collectivités et les associations ont pu se regrouper pour mettre en commun leurs outils et leurs productions, ce qui est déjà une innovation. Mais face à la complexité tant sociale que liée aux modes de financement des dispositifs à monter, un des enjeux qui demeurent dans le projet, est de réussir à associer les parents eux-mêmes aux dispositifs associatifs à créer.

11. Essaimage

Dans le cadre de l’analyse des besoins sociaux mis en œuvre par les CCAS des communes, ces accueils relais peuvent être, entre autres,  l’objet d’initiatives sociales.

12. Sources

  • CRES, «Evolution de l’accueil du jeune enfant: la valeur ajoutée de l’économie sociale et solidaire», guide, 2005.
  • E. Maurin, D. Roy « L’effet de l’obtention d’une place en crèche sur le retour à l’emploi des mères et leur perception du développement de leurs enfants », Cepremap, mai 2008.
  • Fiche projet parents salariés d’évaluation d’Oxymore (20 projets soutenus par la DIIESES), 2007.
  • Marguerite (les carnets), « Pays de Retz Atlantique, l’accueil des 0-10 ans », rencontre échange de Préfailles, 20 mai 2006.

Contacts

Pierre-Yves JAN, Cerise, consultant
Bernard MERAND, délégué général CRES

Sigles :

CRES, Chambre Régionale de l’Economie Sociale
DIIESES, Délégation Interministérielle à l’Innovation, l’Expérimentation Sociale et l’Economie Sociale
FSE, Fonds Social Européen